Picasso et Jules Pansu : une collection unique

Par Sophie Seite
dans Collections
18 sept 2013
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Jules Pansu est le premier tisserand à obtenir le droit de créer une collection à partir de toiles de Pablo Picasso. Christine Pinault, responsable des autorisations pour Picasso Administration, nous en dit plus sur cette collaboration exclusive.

Tapisserie Jules Pansu : Picasso, le peintre et son modèle

Le degré d’exigence de Picasso Administration en matière de partenariat est connu. Pouvez-vous nous en rappeler les fondamentaux ?

La première chose qui guide le choix de Claude Picasso, administrateur de la succession, est la capacité du demandeur à reproduire de façon parfaitement fidèle les toiles de son père, qui ne doivent en aucun cas être dénaturées. Les œuvres doivent être reproduites sans être modifiées, dans le respect rigoureux des couleurs originales et dans leur intégralité. Nous n’autorisons pas l’exploitation d’un seul détail. 
Autant demander à un designer un motif ou un dessin original plutôt que de torturer une création de Picasso. A terme, le détail capté risquerait d’être confondue avec l’œuvre elle-même.

Jusqu’alors, Picasso Administration avait toujours refusé de travailler avec un tisserand. Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Collaborer avec un fabricant de tapisseries n’avait rien d’évident puisque l’on passe par un métier à tisser et que cela implique obligatoirement une grande adaptation des œuvres. La renommée du savoir-faire de Pansu a d’abord servi de passeport. Dans un premier temps, Claude Picasso a donc demandé à voir le travail réalisé par cette maison à partir d’œuvres d’autres artistes. La qualité de ces produits l’a convaincu du bienfondé de leur démarche et d’entériner le partenariat. La dimension patrimoniale a également joué un rôle important. Jules Pansu est une entreprise familiale établie depuis la fin du XIXe siècle dans les Flandres et l’ensemble de la collection sera donc fabriqué en France. 
La maison Jules Pansu a non seulement mis tout son savoir-faire dans le projet mais a su mettre les moyens nécessaires en faisant par exemple teindre des fils spécialement pour se rapprocher le plus possible des couleurs originales. Et deux de ses artisans sont détenteurs du titre de Meilleurs Ouvriers de France, un gage de très haute qualité. Claude Picasso a pensé, et cela s’est vérifié par la suite, que le raisonnement, les exigences et la démarche de l’artiste pouvaient être compris par de tels artisans. Travailler avec des professionnels capables de comprendre et d’intégrer une démarche artistique s’est révélé être un véritable plus pour la qualité du produit final.

Collaboration Jules Pansu et Picasso

Comment s’est construite la collection ?

Catherine Pierlovisi, la styliste de Jules Pansu, a sélectionné un certain nombre d’œuvres pour constituer une gamme de tapisseries, de maroquinerie et de coussins. Ensuite, nous avons cherché parmi ces œuvres celles qui se prêteraient le plus à une reproduction via le métier à tisser. Certaines toiles sont en effet très complexes du point de vue chromatique et peuvent intégrer jusqu’à 40 couleurs différentes. Celles là ne sont bien évidemment pas adaptées au travail de la tapisserie, limitée à 15 ou 20 fils, et ont donc été écartées d’office. 
Le processus de fabrication n’a pas dû être simple non plus…
Pour chaque œuvre, les ateliers Pansu ont d’abord réalisé un premier échantillon à partir duquel Claude Picasso a demandé des modifications – un effet de lumière ici, un détail plus fouillé là… Certaines ont demandé jusqu’à cinq ou six prototypes successifs et plusieurs mois d’élaboration avant d’aboutir à l’exemplaire final qui a été validé.

Au final, c’est une réussite ?

L’adaptation via la tapisserie ne donne pas une fidélité à 100 % bien entendu, pas plus que les reproductions imprimées d’ailleurs, sinon cela ne servirait à rien d’aller voir les œuvres dans les musées ! Mais le résultat est magnifique. Nos interlocuteurs chez Pansu avaient vraiment à cœur de produire quelque chose d’exceptionnel. Pour eux, réaliser plusieurs prototypes ne tenait pas du désagrément mais correspondait à la volonté de réaliser des objets uniques. Nous avons posé à leurs artisans un double défi, à la fois technique et intellectuel : réussir, via des effets d’armure et de trame, à rendre l’effet de la peinture et le toucher du pinceau. Le résultat est bluffant. Cela a représenté pour nous une source d’étonnement et de satisfaction, car parmi les toiles retenues, certaines étaient extrêmement difficiles à réaliser.

Cette collaboration va-t-elle se prolonger ?

A priori oui, la maison Pansu reçoit déjà un accueil favorable du public et nous sommes ouverts à leurs propositions. Nous recevons beaucoup de demandes, et nombre d’entre elles sont rejetées. L’œuvre de Picasso est tout autant copiée que les plus grandes marques de luxe et le nom est également exploitée de façon illicite de par le monde. Nous avons à cœur de passer des contrats de licence avec des sociétés sérieuses afin de pouvoir obtenir de certains pays qu’ils fassent la chasse à l’utilisation frauduleuse. Si nous ne faisons rien, d’autres s’en chargeront, mais sans aucune garantie par rapport à la qualité de la démarche.

*Picasso Administration donne les autorisations de reproduction des œuvres, gère les droits d’auteurs et les reverse aux ayants droit.

Coussins Picasso tissés par Jules Pansu

La collection Picasso est déclinée dans plusieurs gammes de produits que vous pouvez retrouver sur la boutique : coussins, sacs, plateaux, tapis mais également d’exceptionnelles tapisseries.

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