Du dessin à la réalisation : parcours d’une tapisserie

Par Sophie Seite
dans histoire de la maison Jules Pansu
7 nov 2013
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Si vous cherchez dans le dictionnaire la définition de tapisserie, vous trouverez celle-ci : «pièce de tissu tendant un mur, fabriquée au métier en entrecroisant deux séries parallèles de fils de couleur où les figures et les ornements font partie intégrante de la trame».
C’est bien ainsi que les tapisseries Jules Pansu sont réalisées, sur des métiers à tisser à navettes multiples dont la levée des fils de chaine est actionnée sur le principe de la mécanique de Jacquard (1752-1834). Mais avant le tissage lui-même, beaucoup de recherches, d’inventions pour ne pas dire d’inventivité, et de préparations sont nécessaires. Voyez plutôt :

Composition du carton

Le carton en tapisserie, c’est le dessin lui-même. Auparavant peint et composé sur une toile ou un bristol à la grandeur d’exécution de la tapisserie, il est aujourd’hui réalisé à l’ordinateur. Mais même lorsqu’il s’agit de retraduire une oeuvre existante, il faut faire preuve d’invention et composer en fonction des possibilités techniques du tissage, du jeu des navettes, du nombre de couleurs et de la texture de la tapisserie.

Mise en carton pour la fabrication de tapisserie Jules Pansu

Texture de la tapisserie

Le choix de la texture, facteur essentiel du rendu de la tapisserie, relève du seul domaine du tissage aux innombrables possibilités. Suivant la finesse ou le genre du dessin, Véronique Masquelin, Meilleur Ouvrier de France dans sa discipline, définit le nombre de fils en chaine et en trame qu’il faudra utiliser pour la nouvelle exécution, de même que la matière à choisir – laine ou coton – ainsi que le nombre de couleurs à utiliser et les effets de tissages spéciaux dits «armures», qu’il conviendra d’employer dans telle partie du dessin pour un meilleur rendu. Il va créer la texture de la tapisserie.

Détails d'une tapisserie Jules Pansu

Echantillonage

Le coloriste dispose d’un magasin de matières teintes aux variétés innombrables dans lequel on peut puiser pour trouver la teinte la plus appropriée au détail à interpréter. La principale recherche portera sur le mélange des fils et des teintes permettant d’obtenir des effets particuliers, des contrastes, des teintes chinées ou piquées, ou encore des reliefs heureux dans la texture. Si aucun coloris n’est parfait, alors on le fera créer.

couleurs des fils nécessaires pour tisser les tapisseries Jules Pansu

La tapisserie est un art collectif supposant un personnel hautement qualifié. Les opérations préalables au tissage lui-même sont multiples. Elles nécessitent un soin et une compétence particuliers : bobinage, canettage ou copsage par exemple, exigent un grand soin. Il faut transformer des écheveaux ou de grosses bobines de fils en canettes ou petites bobines de fils qui permettront la création des chaines aux multiples couleurs ou des trames à disposer dans les navettes.

préparation des fils pour le métier à tisser à l'atelier Jules Pansu

L’ourdissage est la préparation des fils de chaine qui consiste à placer côte à côte dans un ordre précis les 12 000 fils de chaine qui seront disposés sur le métier.
Le rentrage est l’opération de passage un à un de chacun des 12 000 fils précédents dans chaque maillon des 12 000 lisses du métier. Lorsque la chaine sera terminée, il faudra «nouer» un par un dans un ordre précis tous les fils de la chaine précédente à la chaine suivante.

bobines de fils en préparation pour le métier à tisser

Le metier a tisser

Les métiers de tapisserie sont lourds, encombrant et massifs.
Leur largeur doit être suffisante pour tisser des tapisseries de 1,50 m à 2 mètres de large ou plus. 
La multiplicité des fils de chaine, qui fait l’une des caractéristiques de la qualité Gobelin, oblige à disposer sur le métier plus de 10 000 lisses verticales dans le maillon desquelles passent les fils de chaine. C’est une quantité impressionnante représentant une forêt innombrable de tiges, d’un poids considérable de l’ordre de plusieurs tonnes, chaque lisse pour rester stable étant terminée par une petite masse de plomb.

les bobines préparées pour réaliser les coussins miro

Au dessus du métier, se trouvent disposées les mécaniques Jacquard qui, grâce à l’aide de cartons perforés, procèdent à la levée des fils de chaine dans l’entrecroisement desquels vont s’insérer les fils de trame déposés par les navettes.
 La complexité des dessins de tapisseries exige jusqu’à 36 000 cartons Jacquard pour un seul dessin, chaque carton étant perforé de multiples trous dont chacun représente une absence de levée de fils de chaine.

Le tisserand a de multiples tâches à remplir. Il prépare son métier, surveille le déroulement du tissage en évitant qu’aucun des fils ne se casse (et le renoue le cas échéant), charge ses navettes des canettes appropriées et les renouvelle lorsque celles au métier sont vides, surveille le bon déroulement des cartons Jacquard, contrôle la bonne tension des fils. Les opérations sont nombreuses et délicates. Il faut, pour être tisserand de tapisseries, une formation qui s’acquiert sur place après de longues années d’apprentissage.

Enfin, les tapisseries une fois tissées seront débarrassées de leurs imperfections par les «piqûrières». Des couturières fixeront des bordures et coudront au dos de la tapisserie une doublure de protection ainsi que des barrettes métalliques pour l’accrochage.

Du dessin à la réalisation : parcours d’une tapisserie. Imaginiez-vous que tant d’étapes délicates étaient nécessaires à la réalisation d’une tapisserie ? Cela ne les rend que plus précieuses !

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